Article
paru dans : Ornithomedia du 31 janvier 2026
Le
nourrissage hivernal des passereaux ne les rendrait pas dépendants à cet apport
alimentaire supplémentaire
Alors que la neige tombe actuellement dans une grande partie du nord de la
France, une expérience menée en Amérique du Nord sur des Mésanges à tête noire
a montré que ces passereaux ne dépendaient pas des aliments mis à leur
disposition.
05/01/2026 | Non soumis au
comité de lecture
Mésange à tête noire (Poecile atricapillus)
se nourrissant à une mangeoire posée dans le comté de Saint-Louis dans le
Minnesota (États-Unis) en décembre 2024.
Photographie : Courtney Celley (USFWS) / Wikimedia Commons
Chaque hiver, et même au-delà de cette saison,
des centaines de millions de personnes à travers le monde nourrissent les
oiseaux dans leur jardin (lire Comment nourrir les oiseaux l’hiver
?) et sur leur balcon (lire Nourrir les oiseaux sur son balcon
en hiver) en leur distribuant des aliments placés dans
des mangeoires, créant un marché de plusieurs milliards d’euros. Toutefois, ce
passe-temps populaire, particulièrement utile en cas de période de gel ou de
neige prolongée en augmentant le taux de survie hivernal, suscite chez certains
des inquiétudes concernant une dépendance possible des oiseaux à l’égard de la
nourriture fournie. En outre, l’ampleur et la fréquence de ce nourrissage
peuvent avoir des conséquences imprévues sur les populations aviaires, comme la
transmission de maladies (lire Nourrir les oiseaux : limiter les
risques de salmonellose), la modification de la
composition des communautés d’oiseaux, favorisant certaines espèces au
détriment d’autres (lire Comment ne pas trop défavoriser les
Mésanges nonnette et boréale lorsque l’on nourrit les oiseaux ?) et le changement des comportements migratoires (lire Divergences phénotypiques chez la
Fauvette à tête noire liées aux activités humaines). Cet apport entraînerait même des changements dans la structure du bec
des oiseaux.
Dans une étude récente publiée dans le Journal of
Avian Biology, des chercheurs de l’Université d’État de l’Oregon
(États-Unis) ont présenté les résultats de l’étude des habitudes de la
fréquentation de 21 mangeoires par 67 Mésanges à tête noire (Poecile
atricapillus) équipées de puces (radio-étiquettes) RFID (permettant une
identification par radiofréquence) et soumises ou non à une ablation
expérimentale (légère ou sévère) des rémiges primaires (qui repousseront lors
de la prochaine mue) pour modifier le coût énergétique de leur vol. Les
mangeoires étaient réparties sur 3,2 kilomètres, remplies de graines de
tournesol et équipées de lecteurs de puces pour comptabiliser les visites des
oiseaux marqués.
Les auteurs ont choisi la Mésange à tête noire
car c’est un petit passereau répandu en Amérique du Nord, qui fréquente
les mangeoires en hiver dans l’ensemble de son aire de répartition, et dont les
besoins énergétiques quotidiens sont élevés. Elle ne consomme généralement
qu’une seule graine à chaque visite, ce qui permet de mesurer précisément sa
fréquence de fréquentation des mangeoires.
Ils ont constaté que les individus dont les
rémiges primaires avaient été coupées, dont les coûts énergétiques du vol ont
donc été accrus, n’avaient pas augmenté leur fréquence de visite aux
mangeoires. Au contraire, ils ont même réduit leur fréquentation pendant
quelques semaines, probablement pour limiter leur exposition aux prédateurs, et
quand leurs plumes ont repoussé, ils ont visité les mangeoires à des niveaux
similaires à ceux des témoins (dont les plumes n’avaient pas été coupées). Les
chercheurs ont aussi examiné les nombres de visites aux mangeoires et de
mangeoires utilisées et les moments des visites, et ils ont constaté qu’il
avait peu de différences entre les Mésanges à tête noire dont les plumes
avaient été coupées et les témoins.
Le fait que les Mésanges à tête noire dont les
rémiges primaires avaient été coupées plus ou moins sévèrement fréquentaient
moins les mangeoires que les oiseaux intacts suggère que la nourriture présente
dans leur environnement, comme les graines, les baies et les petits
invertébrés, était suffisante pour compenser l’augmentation du coût énergétique
de leur vol et leur avait permis de réduire leur utilisation des mangeoires.
Ces oiseaux n’ont donc augmenté ni leur fréquence de visite des mangeoires
ni leur dépendance à l’alimentation complémentaire pendant une période où
pourtant cela leur aurait été très utile.
Ces résultats sont cohérents avec ceux d’une
expérience également menée sur des Mésanges à tête noire il y a près de 30 ans
et qui n’avait révélé aucune diminution de leur taux de survie apparent après
la suppression de mangeoires qui étaient en place depuis 25 ans, suggérant que
le nourrissage hivernal n’induisait pas de dépendance.
Il convient toutefois de se demander si les
résultats obtenus pour la Mésange à tête noire en Oregon peuvent être
généralisés à d’autres espèces dans d’autres parties du monde et dans des
habitats différents, aux ressources alimentaires plus ou moins riches.