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Mâles de Pics vert, de Sharpe et de Levaillant et répartitions dans le
sud-ouest de l'Europe et en Afrique du Nord (partiellement).
Schéma : Ornithomedia.com
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Europe - Novembre 2011.
Pics vert, de Sharpe et de Levaillant : où en sommes-nous ?
Peu d'observateurs le savent, mais au sud des
régions Aquitaine et Languedoc-Roussillon (des Pyrénées-Atlantiques jusqu'aux
environs d'Agde dans l'Hérault) et dans la péninsule ibérique, les Pics verts
sont un peu différents de ceux que l'on peut observer ailleurs dans
l'hexagone : ils sont appelés Pic de Sharpe (Picus viridis sharpei).
Dans un article publié en février 2011 dans le volume 38 du Journal of
Biogeography, J.-M. Pons, G. Olioso, C. Cruaud et J. Fuchs ont étudié
l'histoire évolutive du Pic vert (Picus viridis) en utilisant des
marqueurs moléculaires. Ils ont examiné les rôles respectifs des alternances
de glaciations au cours du Pléistocène et des barrières géographiques
(Pyrénées, Détroit de Gibraltar) dans la génétique de cette espèce. Ils ont
aussi abordé sa taxonomie.
Pour cela, ils ont séquencé deux gènes mitochondriaux et cinq introns (=
portions de gène non codantes) nucléaires chez 17 pics en Europe et en
Afrique du Nord. Les analyses phylogénétiques ont été effectuées à l'aide de
techniques statistiques bayésiennes et de la méthode de l'estimation du
maximum de vraisemblance. Ils ont aussi séquencé un fragment de gène du
cytochrome b (cyt b, 427 paires de bases) chez 113 individus et de l'intron
Z-linked BRM chez 85 oiseaux. Ces dernières données ont été analysées en
utilisant des méthodes de génétique des populations.
Les résultats obtenus confirment la monophylie du Pic vert (Picus viridis)
et suggèrent que ce taxon est composé de trois lignées allopatriques ou
parapatriques présentes respectivements en Europe, dans la péninsule (et dans
une petite partie du sud-ouest de la France), et en Afrique du Nord : le Pic
vert, le Pic de Sharpe (Picus viridis sharpei) et le Pic de Levaillant
(Picus levaillanti).
La lignée nord-africaine s'est séparée du groupe ibérique / européen au début
du Pléistocène (de - 1,6 à - 2,2 millions d'années). La divergence entre les
oiseaux de la péninsule ibérique (et du sud-ouest de la France) et des autres
populations européennes s'est produite au cours de la moitié du Pléistocène
(de -0,7 à - 1,2 millions d'années). Ces résultats confirment aussi une
expansion post-glaciaire de ces deux lignées distinctes à partir de refuges
situés dans la péninsule ibérique et éventuellement en Europe orientale ou de
l'Anatolie, qui a conduit à la création d'une zone de contact secondaire dans
le sud de la France.
En résumé, le Pic de Levaillant est bien une espèce distincte qui s'est
séparé des deux autres taxons il y a plus de 1,5 million d'années, les trois
taxons ont un ancêtre commun, et le Pic de Sharpe est une sous-espèce du Pic
vert (il existe une étroite zone d'hybridation dans le sud-ouest de la
France, avec des oiseaux au plumage intermédiaire). Toutefois les auteurs
n'éliminent pas l'idée que P. v. sharpei puisse être considérée comme
une espèce à part entière sur la base de caractères phénotypiques et
génétiques particuliers. D'autres études dans la zone de contact du sud de la
France sont en cours.
Les auteurs recommandent enfin que la sous-espèce P. v. karelini
présente en Russie, qui a les mêmes haplotypes que ceux de la sous-espèce
nominale, soit rattachée à celle-ci.
Sources :
Pons, J-M, Olioso, G, Cruaud and Fuch, J. (2011). Phylogeography of the
Eurasian green woodpecker (Picus viridis). Journal of Biogeography 38:
311-325. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1365-2699.2010.02401.x/full
- David Callahan (2011). Iberian woodpecker on verge of split. Birdwatch.
Date : 18/11. http://www.birdwatch.co.uk/categories/articleitem.asp?item=846
- Olioso, G. & Pons, J.-M. (2011). Variation
géographique du plumage des Pics verts du Languedoc-Roussillon. Ornithos
18(2): 73-83.
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